Leurs fantasmes - ce qu'ils m'ont demandé
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Avant de rentrer dans le vif, je veux dire une chose sur la façon dont les demandes arrivent - parce que c'est rarement ce qu'on imagine.
La majorité des fantasmes ne sont pas formulés en amont, par message, avant la soirée. Ils émergent pendant - dans un moment de relâchement, après le premier verre, après que quelque chose dans la soirée a signalé à l'homme qu'il était en sécurité pour dire ce qu'il voulait vraiment. Certains ne sont jamais dits explicitement - ils se lisent dans une hésitation, dans une main qui va dans une direction puis se ravise, dans une phrase qui commence et ne finit pas. Une partie de mon travail consiste à lire ces signaux et à décider quoi en faire.
Et certains fantasmes arrivent très clairement, très tôt, parfois dès la première prise de contact. Ces hommes-là ont généralement attendu longtemps avant d'appeler quelqu'un. La précision de leur demande est proportionnelle au temps qu'ils ont passé à y penser seuls.
Ce qui revient - les grandes catégories
Après quatre ans, j'ai une cartographie assez claire de ce que les hommes demandent. Pas exhaustive - il y a toujours des surprises, et c'est tant mieux. Mais des tendances lourdes, des territoires qui reviennent régulièrement sous des habillages différents.
Le plus fréquent, de loin, n'est pas ce que les gens imaginent. Ce n'est pas la domination, pas le roleplay élaboré, pas les scénarios construits sur des années. C'est quelque chose de beaucoup plus simple : être regardé avec désir pendant qu'il me regarde. Un désir réciproque visible, lisible, qui ne laisse aucune ambiguïté. L'homme qui veut que je le veuille vraiment - pas que je fasse semblant de le vouloir, mais que ça se voie, que ça s'entende, que ce soit réel. Ce fantasme-là est universel et il ne coûte rien à exaucer quand il est sincère de mon côté, ce qui est souvent le cas.
Ensuite vient ce que j'appelle le fantasme du ralentissement. Des hommes qui veulent que tout prenne beaucoup plus de temps que d'habitude - le déshabillé, les préliminaires, chaque étape étirée jusqu'à ce que l'attente devienne presque insupportable. Ces hommes-là vivent dans des rythmes professionnels et personnels effrénés. Ce qu'ils cherchent ici, c'est le contraire exact de leur quotidien - une suspension du temps, une soirée qui n'a pas de suite urgente, où personne ne regarde sa montre.
Le voyeurisme arrive souvent dans les premières places aussi - sous des formes très variables. Parfois c'est explicite : il veut regarder, pas participer, ou participer peu. Parfois c'est plus subtil - il veut que je me déshabille lentement pendant qu'il reste habillé, que je fasse quelque chose pendant qu'il observe depuis le fauteuil. Ce fantasme du regard, de la mise en scène pour un spectateur, est quelque chose avec lequel je suis à l'aise parce qu'il rejoint quelque chose que j'aime moi-même - cette conscience d'être regardée, cette façon dont un regard attentif transforme ce qu'il observe.
Le roleplay - ce que j'accepte et pourquoi
Le roleplay est une catégorie à part parce qu'il demande quelque chose de particulier - une capacité à entrer dans une fiction tout en restant soi-même, à jouer un personnage sans se perdre dedans. J'ai découvert assez tôt que j'étais bonne à ça. Les études de lettres, peut-être - une certaine familiarité avec les personnages, avec la façon dont on habite une voix qui n'est pas exactement la sienne.
Les scénarios les plus fréquents tournent autour de dynamiques de pouvoir inversé ou amplifié. La secrétaire et le patron - dans les deux sens, selon les hommes. La femme qui rencontre un inconnu dans un bar et qui fait semblant de ne pas savoir ce qui va se passer - alors qu'on sait tous les deux exactement ce qui va se passer. L'hôtesse, l'infirmière, la professeure - des archétypes qui ont l'air clichés mais qui fonctionnent parce qu'ils donnent une permission, un cadre dans lequel certaines choses peuvent être dites et faites sans engager la personne réelle.
Ce que j'accepte dans le roleplay : à peu près tout ce qui ne me demande pas de simuler quelque chose que je trouve réellement répugnant, et tout ce qui reste dans un registre de fiction claire - où les deux personnes savent que c'est un jeu et peuvent en sortir à tout moment.
Ce que je recadre sans hésiter : les scénarios où la fiction sert d'habillage à quelque chose qui n'est plus tout à fait de la fiction. Un homme qui commence un roleplay et dont je sens qu'il essaie, dans ce cadre fictif, de me pousser vers quelque chose que je n'aurais pas accepté directement - ça, je le vois toujours, et je le nomme calmement. Pas de drama, pas d'accusation. Juste un recadrage net qui repose les limites et laisse à l'homme la possibilité de choisir un autre chemin.
La domination douce - le fantasme le plus mal compris
Celui-là mérite qu'on s'y arrête parce qu'il est très souvent mal représenté dans l'imaginaire collectif.
La domination dans ce que je vis n'a presque rien à voir avec ce que le mot évoque généralement. Pas de cuir, pas de vocabulaire agressif, pas de hiérarchie imposée par la force ou la contrainte. Ce que la plupart des hommes qui demandent ça veulent, c'est quelqu'un qui prend les décisions. Qui dit quoi faire, quand, comment - avec assurance, sans demander la permission, sans s'excuser. Une présence qui structure la soirée de façon à ce qu'ils n'aient pas à réfléchir.
J'ai un client, que j'appelle Marc-Antoine dans ma tête, qui dirige une entreprise d'une centaine de personnes et qui prend des décisions à plusieurs millions de francs sur une base hebdomadaire. Avec moi, il veut qu'on lui dise exactement ce qu'il doit faire. Pas de façon humiliante - avec une autorité tranquille qui lui enlève pendant quelques heures le poids de cette position permanente de décideur. La première fois qu'il me l'a demandé, j'avais trouvé ça touchant dans sa simplicité. Un homme très puissant qui voulait, pour une soirée, ne plus l'être.
Ce fantasme-là, je l'exauce volontiers. Parce qu'il correspond à quelque chose que j'aime naturellement - prendre le contrôle, mener une soirée, être celle qui structure. Ce n'est pas un effort. C'est une congruence.
Les demandes que j'ai refusées - et comment
Je ne refuse pas souvent. Beaucoup moins souvent que les gens ne l'imagineraient. Parce que j'ai des limites claires, et que ces limites étant claires, je sais exactement où elles sont - ce qui m'évite l'inconfort de devoir les évaluer en temps réel.
Ce que je refuse : tout ce qui implique de la douleur réelle, du côté de l'un ou de l'autre, sans que ça ait été discuté très précisément en amont et sans que j'aie envie de le faire. Tout ce qui demande que je joue un rôle qui va contre quelque chose de fondamental en moi - pas par puritanisme, mais parce que forcer quelque chose contre lequel mon corps résiste entier produit quelque chose de faux que l'autre ressent toujours. Et tout ce qui implique des tiers sans leur consentement explicite.
La façon dont je refuse est importante. Je ne moralise pas - ça ne m'appartient pas. Je ne fais pas non plus semblant d'être choquée, ce qui serait ridicule vu d'où je parle. Je dis simplement que ce n'est pas quelque chose que je fais, et je propose autre chose si je pense qu'il y a une façon alternative d'atteindre ce que l'homme cherche vraiment.
Parce que derrière chaque demande, même les plus déconcertantes, il y a quelque chose de plus fondamental qui la motive. Une fois qu'on a identifié ça, le fantasme spécifique devient souvent moins rigide qu'il n'y paraissait.
Une soirée en particulier - le scénario le plus élaboré
Il y a un rendez-vous que je revois parfois avec une sorte d'admiration rétrospective pour la précision avec laquelle il avait été imaginé.
L'homme - appelons-le Thierry, la quarantaine, dans la communication - m'avait contactée deux semaines avant pour décrire exactement ce qu'il voulait. Pas de façon vague, pas de façon allusive. Un document de plusieurs paragraphes, écrit avec soin, qui décrivait un scénario précis : je devais arriver dans un bar de l'hôtel avant lui, commander un verre, et attendre qu'il vienne me parler comme si on ne se connaissait pas. Une rencontre de hasard, jouée jusqu'au bout, avec une fin écrite d'avance mais un chemin entièrement improvisé.
Ce qui m'avait frappée dans cette demande, c'est le soin avec lequel il avait pensé à moi dans le scénario - pas seulement à ce qu'il voulait, mais à ce qui me permettrait d'être à l'aise dans ce cadre. Il avait précisé que je pouvais sortir du jeu à n'importe quel moment, qu'il comprendrait si quelque chose ne fonctionnait pas, qu'il voulait que ça marche pour nous deux ou pas du tout. Cette attention préliminaire m'avait déjà beaucoup dit sur lui.
La soirée s'était passée exactement comme prévu et entièrement différemment de ce qui était écrit - ce qui est la seule façon pour ce type de chose de vraiment fonctionner. On avait joué le jeu sérieusement, avec des moments de tension réelle qui venaient du fait qu'on s'y croyait tous les deux suffisamment pour que quelque chose de vrai s'installe dans la fiction. À un moment, j'avais dit quelque chose d'improvisé qui l'avait fait rire d'une façon qu'il n'avait pas prévue, et ce rire-là avait cassé le quatrième mur une seconde - avant qu'on y replonge tous les deux d'un accord tacite.
C'était une des soirées les plus créatives que j'ai vécues dans ce métier. Et l'une des plus satisfaisantes, parce que ce genre de complicité dans le jeu demande quelque chose d'assez rare : deux personnes capables de tenir une fiction ensemble tout en restant présentes l'une à l'autre.
Ce que les fantasmes révèlent
J'ai fini par comprendre que les fantasmes sont souvent l'image inversée de la vie réelle.
L'homme très contrôlé veut perdre le contrôle. L'homme très exposé professionnellement veut l'anonymat. L'homme habitué à être servi veut servir. L'homme qui ne se permet jamais de vulnérabilité veut un espace où elle est possible. Ce n'est pas une règle absolue - il y a des contre-exemples. Mais c'est suffisamment fréquent pour être une grille de lecture utile.
Ce que ça m'a appris sur le désir en général, c'est qu'il est rarement aussi simple qu'il y paraît en surface. Derrière ce qui semble être une demande physique précise, il y a presque toujours quelque chose de plus complexe - un besoin d'être vu d'une certaine façon, de s'autoriser quelque chose qu'on ne s'autorise pas ailleurs, d'habiter une version de soi qui n'a pas d'espace dans la vie ordinaire.
Ma position dans tout ça est particulière. Je suis à la fois l'outil et la partenaire, le miroir et la présence réelle. Ce double rôle demande une attention constante - à ce que l'autre cherche vraiment, à ce que je suis prête à offrir, à l'endroit où les deux se rencontrent.
Quand cet endroit existe - et il existe souvent - ce qui se passe n'a plus grand-chose à voir avec une transaction. Ça ressemble à autre chose. À quelque chose de plus difficile à nommer, mais de très réel.
Et c'est précisément pour ça que ce travail continue de m'intéresser, quatre ans après.
Les parties de mon histoire
- Qui suis-je vraiment ?
- Comment j'ai choisi ce métier ou comment il m'a choisie!
- Ma première nuit d'escort
- L'art de se préparer!
- Genève by night
- Mon premier homme du Golfe
- Le client idéal
- La conversation comme prélude
- Mon premier plan à trois
- Ce que les hommes veulent
- Mon pouvoir sur les hommes
- Un politicien suisse
- La discrétion
- Leurs fantasmes
- Derrière la porte
- Oui, je jouis vraiment
- La nuit la plus intense
- Week-end à Zurich
- Ce que mon corps ressent après [ A venir... ]
- Prendre soin de moi [ A venir... ]
- Lettre ouverte à mes clients [ A venir... ]
Sofia
Sofia, 27 ans — Installée à Genève, elle assume pleinement sa vie d’escorte de luxe et en parle sans détour.
À travers ses récits, elle partage ses débuts, ses expériences avec une clientèle internationale, les avantages du métier (luxe, liberté), mais aussi les réalités plus complexes. Elle écrit simplement, avec franchise, et raconte ce qu’elle vit vraiment derrière les portes des hôtels suisses.
Ce texte à été à l'origine écrit en français.
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