La nuit la plus intense de ma vie d'escorte
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Je vais être honnête sur quelque chose avant de commencer : j'ai hésité à écrire cet article. Pas parce que le sujet me met mal à l'aise - j'ai écrit des choses bien plus exposées sans hésiter. Mais parce que cette nuit-là touche à quelque chose que je protège instinctivement, une zone de moi qui n'appartient pas exactement à la catégorie professionnelle et pas exactement à la catégorie personnelle non plus. Une zone intermédiaire, sans nom précis, où certaines choses se sont passées que je n'avais pas prévues et dont je ne suis pas sûre d'avoir entièrement compris la nature encore aujourd'hui.
J'écris quand même. Parce que ce blog existe précisément pour dire les choses vraies, et celle-là est vraie.
Lui - ce que j'ai vu en premier
Appelons-le Luca. Italien, mais pas l'Italien de carte postale - quelque chose de plus nordique dans le physique, des yeux gris-vert que je n'avais pas vu venir, la quarantaine avec cette façon particulière que certains hommes ont de porter leur âge comme si le temps leur avait rendu service plutôt que l'inverse. Architecte, basé entre Milan et Genève pour un projet de plusieurs années. Recommandé par un client régulier avec qui j'avais une confiance établie.
Il m'attendait au bar du Beau-Rivage. Debout quand je suis entrée, ce que peu de gens font encore. Il m'a tendu la main et m'a regardée avec une attention immédiate - pas le regard d'évaluation habituel, quelque chose de plus direct, presque comme s'il cherchait quelque chose de précis dans mon visage sans savoir encore ce que c'était.
J'ai senti quelque chose se déplacer dans ma poitrine. Pas du désir immédiat - quelque chose de plus indéfini. Une alerte tranquille, comme quand on reconnaît une musique qu'on n'a pas entendue depuis longtemps sans se souvenir de son titre.
J'aurais dû noter ça plus attentivement.
Le dîner - une heure qui a eu l'air de durer cinq minutes
On a diné dans un restaurant des Eaux-Vives qu'il avait choisi - un endroit que je connaissais, une cave voûtée, lumière de bougie, tables serrées. Bon choix. Pas le genre d'endroit qu'on choisit pour impressionner. Le genre d'endroit qu'on choisit parce qu'on aime vraiment manger.
La conversation a commencé sur l'architecture et n'y est presque pas revenue. On a parlé de la façon dont les villes changent les gens plutôt que l'inverse, d'un livre qu'on avait tous les deux lu dans des contextes très différents et qu'on avait tous les deux trouvé surestimé pour les mêmes raisons, de l'Italie du Nord qu'il connaissait intimement et que je connaissais à travers ma mère. Il avait une façon de parler qui n'était jamais pour remplir le silence - chaque phrase amenait quelque chose, ouvrait quelque chose, et il laissait ensuite l'espace pour que je le remplisse si j'en avais envie.
J'en avais envie. Constamment.
À un moment - vers le dessert, le vin à moitié bu - il m'a posé une question que personne ne m'avait jamais posée de cette façon. Pas sur le métier, pas sur Genève, pas sur quoi que ce soit de pratique. Il m'a demandé ce que je lisais en ce moment et pourquoi j'avais choisi ce livre précisément, pas un autre. Cette question-là, formulée comme ça, avec un intérêt qui n'avait rien de poli - j'ai réalisé que je mettais du temps à répondre. Que la réponse vraie était plus longue et plus personnelle que ce que je dis d'habitude.
Je lui ai dit la réponse vraie.
Il a écouté sans m'interrompre. Puis il a dit quelque chose en réponse qui montrait qu'il avait entendu chaque mot. Pas qu'il était d'accord - qu'il avait entendu. La nuance est immense.
La marche - ce qui s'est passé avant la chambre
On aurait dû prendre un taxi. Au lieu de ça, on a marché. Sa suggestion, acceptée immédiatement sans raison que j'aurais su formuler sur le moment.
Genève de nuit en mars - l'air froid avec ce tranchant particulier des nuits sans vent, les rues presque vides, les reflets des lampadaires sur les pavés mouillés. On marchait côte à côte sans se toucher, et cette non-proximité physique après deux heures de dîner intense créait quelque chose d'électrique dans l'espace entre nos deux corps.
Il a commencé à me parler d'un bâtiment qu'on longeait - une façade du début du vingtième siècle qu'il avait étudiée pour un projet. Sa façon d'expliquer l'architecture n'était pas technique. Il parlait des bâtiments comme de choses vivantes qui avaient des intentions, des humeurs, des façons de traiter les gens qui les traversaient. J'écoutais sa voix autant que ce qu'elle disait.
À un moment, il s'est arrêté devant quelque chose - une entrée d'immeuble, une porte travaillée, rien d'exceptionnel au premier regard. Il m'a montré un détail dans la pierre, un motif répété qui disparaissait à hauteur d'yeux et réapparaissait plus haut, presque caché. "La plupart des gens passent devant ça tous les jours sans le voir," il a dit. Puis il m'a regardée. "Tu regardes les choses, toi. Ça se voit."
Ce n'était pas un compliment construit pour produire un effet. C'était une observation. Et cette observation-là - être vue par quelqu'un qui regardait vraiment - m'a fait quelque chose que je n'avais pas anticipé.
On a repris la marche. Sa main a effleuré la mienne une fois, brièvement, sans s'y attarder. Geste si discret qu'il aurait pu être accidentel. Il ne l'était pas.
La chambre - ce qui a changé dès l'entrée
La suite était au quatrième étage. Dans l'ascenseur, on n'a pas parlé. On ne s'est pas regardés non plus - ou plutôt, on s'est regardés une seconde, et dans cette seconde il y avait quelque chose de si concentré que j'ai préféré regarder les chiffres au-dessus de la porte.
Dans la chambre, il y avait des lampes allumées - basse lumière, chaude. Il avait dû appeler avant. Ce soin-là, cette préparation silencieuse, m'a touchée d'une façon disproportionnée à son importance objective.
Ce qui s'est passé ensuite a commencé différemment de toutes les soirées que j'avais connues jusque-là. Pas de verre commandé, pas de transition progressive. Il s'est approché de moi lentement, et au lieu de me toucher il s'est simplement arrêté à quelques centimètres et m'a regardée. Longtemps. Assez longtemps pour que ce soit autre chose qu'une pause.
Ce regard-là - cette façon d'être entièrement présent sans encore rien faire - m'a mise dans un état que je ne connaissais pas bien. Pas de l'attente ordinaire. Quelque chose de plus profond dans le corps, plus sourd, qui ressemblait à une reconnaissance physique de quelque chose que je n'aurais pas su nommer.
Puis il a posé sa main sur mon visage - pas sur ma nuque, pas sur ma taille, sur mon visage - et j'ai senti quelque chose se dénouer dans ma poitrine.
Ce qui s'est passé - et comment le dire
Il y a des nuits qui résistent à la narration. Pas parce qu'elles sont ineffables au sens mystique du terme - mais parce que les mettre en mots risque de les réduire à leurs composants, alors que ce qui les rend exceptionnelles est précisément dans la façon dont les composants disparaissaient au profit de quelque chose de continu et d'indivisible.
Cette nuit-là était comme ça.
Ce que je peux dire : il n'y avait pas de rôles clairement assignés, pas de celui qui mène et de celle qui suit - ça changeait constamment, naturellement, sans qu'on ait eu à négocier quoi que ce soit. Il y avait une réciprocité dans l'attention qui ne ressemblait à rien de ce que j'avais connu dans un contexte professionnel. Une façon qu'il avait de s'arrêter parfois et de me regarder - au milieu de quelque chose, dans des moments où personne ne s'arrête généralement - comme si ce qu'il voyait à ce moment précis était plus important que la suite.
À un moment, il a dit mon prénom d'une façon qui m'a arrêtée. Pas Sofia le prénom choisi, le prénom professionnel - mais Sofia comme s'il appelait quelqu'un de réel, quelqu'un de précis, quelqu'un dont il connaissait le contour exact. Cette façon de prononcer un prénom, j'avais cru que ça ne pouvait pas me déstabiliser. J'avais tort.
Il y a eu un moment - je ne sais pas à quelle heure, la notion de temps avait disparu depuis longtemps - où quelque chose s'est produit en moi que je ne contrôlais pas. Pas dans le sens physique seulement. Dans un sens plus large, plus difficile à localiser. Comme si une limite que je n'avais pas conscience de tenir avait cédé doucement, sans bruit, et que de l'autre côté de cette limite il y avait quelque chose que je n'avais pas prévu de trouver là.
Je n'ai pas pleuré. Mais j'en étais proche, et je n'aurais pas pu expliquer pourquoi.
Après - les heures les plus étranges
On est restés éveillés jusqu'à l'aube. Pas à parler de choses importantes - à parler de tout et de rien avec cette légèreté particulière des gens qui ont été intenses ensemble et qui se reposent dans la conversation comme dans un état différent du même espace.
Il m'a montré des photos de projets sur son téléphone - des bâtiments à différents stades de construction, des esquisses, des maquettes. Il m'expliquait ce qu'il cherchait dans chaque espace, ce qu'il essayait de faire ressentir aux gens qui allaient le traverser. J'écoutais avec une attention qui n'avait plus rien de professionnel depuis longtemps.
À un moment, vers 4h du matin, il y a eu un silence qui a duré plusieurs minutes. Pas un silence gêné - un silence plein, le genre qui n'a pas besoin d'être comblé. Par la fenêtre, Genève dormait, le lac invisible dans le noir, quelques lumières sur la rive opposée.
"Je ne fais pas souvent ça," il a dit. Pas d'explication sur ce que "ça" désignait exactement. Je n'ai pas demandé.
"Moi non plus," j'ai répondu.
Ce qui était vrai. Et qu'on savait tous les deux être vrai.
Le matin - et ce qui restait
Je suis partie vers 6h, quand la lumière commençait à changer derrière les rideaux. Il dormait - ou faisait semblant, je n'ai jamais su. J'ai ramassé mes affaires en silence, mis mon manteau, pris l'enveloppe sur la commode avec le même geste automatique que toujours.
Puis je me suis arrêtée une seconde à la porte.
Ce n'est pas quelque chose que je fais. Je ne regarde pas en arrière en partant - pas par froideur, mais parce que cette hésitation à la porte appartient à un registre émotionnel que je n'amène généralement pas dans ce contexte. Ce matin-là, j'ai regardé quand même. La chambre dans la lumière grise du petit matin, lui allongé sur le côté, les traits défaits du sommeil ou de ce qui y ressemblait.
J'ai fermé la porte très doucement.
Dans l'ascenseur, j'ai regardé mon reflet et j'ai vu quelque chose que je ne savais pas mettre en mots. Pas les cheveux défaits, pas le maquillage disparu depuis des heures. Quelque chose dans l'expression - une ouverture, une façon d'avoir les traits légèrement moins contrôlés qu'à l'ordinaire. Comme si quelque chose avait été posé pendant cette nuit et n'avait pas encore été repris.
Dehors, Genève sentait le petit matin - le froid propre, l'asphalte humide, les premiers bruits de la ville qui redémarre. J'ai marché jusqu'au lac et je me suis arrêtée sur le quai quelques minutes, les mains dans les poches, à regarder l'eau grise et les montagnes qui apparaissaient dans la lumière naissante.
Je pensais à lui. Pas avec nostalgie, pas avec regret - avec une forme de gratitude simple pour ce qui venait de se passer. Ces nuits-là, rares, où quelque chose d'entier et d'inattendu se produit entre deux personnes qui ne se reverront probablement plus - ces nuits-là ont une valeur que je ne saurais pas quantifier autrement qu'en disant qu'elles changent légèrement la façon dont on se perçoit ensuite.
Ce que cette nuit a redéfini
J'avais une certitude, avant cette nuit, sur la façon dont mon métier fonctionnait pour moi. Une certitude sur ce que je pouvais ressentir dans ce contexte, sur les limites naturelles de ce qui était possible entre deux personnes dans ce cadre, sur la façon dont je savais maintenir une distance intérieure suffisante pour rester moi-même.
Cette nuit a fragilisé cette certitude. Pas de façon alarmante - de façon utile. Elle m'a montré que ces limites que je croyais naturelles étaient en partie construites, en partie choisies, et qu'elles pouvaient être traversées par quelqu'un qui ne cherchait pas à les traverser - simplement en étant entièrement présent.
Luca ne m'a pas recontactée. Ou plutôt si - un message, trois semaines après, pour dire qu'il était retourné à Milan pour un moment et qu'il espérait que j'allais bien. Un message sans demande implicite, sans sous-texte. Juste une façon de maintenir un fil très mince entre cette nuit et ce qui venait après.
J'ai répondu que j'allais bien. Ce qui était vrai.
Je pense encore à cette nuit parfois - pas de façon obsessionnelle, pas avec le sentiment que quelque chose est inachevé. Plutôt avec la conscience qu'elle appartient à la catégorie des expériences qui ne se répètent pas, qui n'ont pas besoin de se répéter, et qui font partie de ce que ce métier m'a donné d'irremplaçable.
Des nuits qui redéfinissent des limites qu'on croyait fixes.
Celles-là, on ne les oublie pas.
Les parties de mon histoire
- Qui suis-je vraiment ?
- Comment j'ai choisi ce métier ou comment il m'a choisie!
- Ma première nuit d'escort
- L'art de se préparer!
- Genève by night
- Mon premier homme du Golfe
- Le client idéal
- La conversation comme prélude
- Mon premier plan à trois
- Ce que les hommes veulent
- Mon pouvoir sur les hommes
- Un politicien suisse
- La discrétion
- Leurs fantasmes
- Derrière la porte
- Oui, je jouis vraiment
- La nuit la plus intense
- Week-end à Zurich
- Ce que mon corps ressent après [ A venir... ]
- Prendre soin de moi [ A venir... ]
- Lettre ouverte à mes clients [ A venir... ]
Sofia
Sofia, 27 ans — Installée à Genève, elle assume pleinement sa vie d’escorte de luxe et en parle sans détour.
À travers ses récits, elle partage ses débuts, ses expériences avec une clientèle internationale, les avantages du métier (luxe, liberté), mais aussi les réalités plus complexes. Elle écrit simplement, avec franchise, et raconte ce qu’elle vit vraiment derrière les portes des hôtels suisses.
Ce texte à été à l'origine écrit en français.
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