Prendre soin de moi — pour rester désirable et entière

Prendre soin de moi - pour rester désirable et entière

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Mon corps est mon outil. Cette phrase, je l'entends souvent dans la bouche d'autres personnes qui font ce métier, et elle est vraie - mais incomplète. Mon corps n'est pas seulement mon outil. Il est aussi mon plaisir, mon ancrage, la façon dont j'existe dans le monde. Le soin que j'en prends n'est pas seulement professionnel. Il est la base de tout le reste. Et cette base, j'y travaille tous les jours, pas seulement les soirs de rendez-vous.

Il y a une erreur de perception fréquente sur les gens qui travaillent dans ce milieu - l'idée que prendre soin de son apparence et de son corps est une forme de soumission à un regard extérieur, une façon de se plier aux attentes des autres. Je ne vis pas ça comme ça. Ce que je fais pour mon corps, je le fais d'abord pour moi - pour la façon dont je me sens dans ma peau, pour l'énergie que j'ai, pour cette présence à moi-même qui rend possible tout le reste.

La désirabilité n'est pas une qualité qu'on fabrique pour les autres. C'est quelque chose qui vient de l'intérieur - de quelqu'un qui est bien dans son corps, bien dans sa tête, et qui n'a pas besoin de le simuler. Tout ce que je vais décrire dans cet article est au service de ça.

Le corps - la base physique

Je fais du yoga trois fois par semaine depuis quatre ans. Pas du yoga de magazine - du yoga pratiqué sérieusement, avec une professeure que je vois en cours collectif deux fois et en individuel une fois par mois. J'ai commencé parce que quelqu'un me l'avait recommandé pour la souplesse et la conscience corporelle. Je continue parce que c'est devenu indispensable - pas pour le corps seul, mais pour l'état mental que ça produit. Une heure de yoga le matin change la texture de ma journée entière. La façon dont je suis dans mon corps, dont je marche, dont je m'assieds, dont je touche les choses - tout ça est différent les jours où j'ai pratiqué.

En plus du yoga, je marche beaucoup. Genève est une ville qui se marche bien - le lac, les quais, les quartiers qui changent de caractère en quelques rues. Je marche sans destination fixe parfois, avec des podcasts ou de la musique ou rien du tout selon l'humeur. Cette activité-là, la plus simple qui existe, est probablement celle qui contribue le plus à mon équilibre quotidien. Quelque chose dans le fait de bouger à rythme constant, de traverser l'espace, régule quelque chose en moi que rien d'autre ne régule aussi efficacement.

La natation, l'hiver - une piscine couverte dans le quartier, deux fois par semaine quand j'y arrive. Pas pour la performance, pas pour brûler des calories. Pour le silence sous l'eau. Il y a une qualité de silence dans une piscine couverte que je ne trouve nulle part ailleurs - une coupure complète avec le monde extérieur, une façon d'être entièrement dans le corps pendant quarante minutes sans que rien d'autre existe. Après ces séances-là, je suis dans un état de calme physique qui ressemble à ce que j'imagine être la méditation pour ceux qui savent méditer.

L'alimentation - sans obsession

Je vais dire d'emblée ce que ce n'est pas : un régime. Je n'ai jamais suivi de régime, je n'en suivrai pas, et je me méfie profondément des personnes qui font de la nourriture un espace d'anxiété et de contrôle. La nourriture est un plaisir - un des plus directs, des plus accessibles, des moins compliqués. Je refuse de le transformer en problème.

Ce que je fais, c'est manger avec attention. Pas au sens du mindful eating tel qu'il est décrit dans les magazines - au sens pratique. Je cuisine la plupart du temps, parce que ça me plaît et parce que ça me permet de savoir ce que je mange. Des légumes, des protéines, des glucides raisonnables - pas de règles rigides, juste une façon d'écouter ce que mon corps demande plutôt que de le forcer dans une direction précise.

Ce que j'évite sans me l'interdire formellement : les excès de sucre, l'alcool en dehors des soirées - parce que ma consommation professionnelle est déjà suffisante pour que je n'en rajoute pas dans le quotidien - et la nourriture industrielle que je trouve insatisfaisante autant que nutritionnellement pauvre. Ce que j'aime : cuisiner des choses longues le week-end, les marchés du matin dans les Pâquis, les fromages suisses qui sont objectivement parmi les meilleurs du monde et que j'ai cessé depuis longtemps de culpabiliser d'apprécier.

Mon corps a une forme qui me convient. Je ne cherche pas à le changer - je cherche à ce qu'il soit sain, souple, énergique. C'est tout. C'est suffisant.

Le suivi médical - ce qu'on ne dit pas assez

Celui-là, je vais le dire clairement parce que c'est important et parce que je trouve qu'on en parle trop peu dans les témoignages sur ce milieu.

Je me fais dépister régulièrement. Toutes les six semaines - IST, bilan sanguin complet, tout ce qui est recommandé par les professionnels de santé pour les personnes avec mes pratiques. J'ai un médecin à Genève qui connaît ma situation sans jugement et avec qui j'ai une relation de confiance établie depuis trois ans. Trouver ce médecin-là n'a pas été immédiat - j'ai eu avant lui quelqu'un qui n'a pas su masquer un inconfort qui rendait les consultations inconfortables pour moi. J'ai changé. C'était la bonne décision.

Cette rigueur n'est pas négociable pour moi. Pas seulement pour me protéger moi - pour protéger les gens avec qui je suis. Une partie de la confiance que mes clients peuvent avoir en moi repose là-dessus, même s'ils ne le savent pas toujours explicitement. Je n'ai jamais eu de résultat positif en quatre ans. Je compte maintenir ce résultat.

Côté contraception - j'utilise plusieurs méthodes en simultané depuis le début. Sur-précaution, peut-être. Je préfère la sur-précaution dans ce domaine à n'importe quelle autre approche.

La santé dentaire, aussi - parce que c'est une évidence dans ce métier et que je mentionne ça sans détail supplémentaire.

La tête - la partie la plus complexe

Le corps est la partie facile. Ou du moins la partie la plus straightforward - des actions précises produisent des résultats visibles. La santé mentale et émotionnelle est plus difficile à gérer, plus variable, moins responsive aux routines fixes.

J'ai vu une thérapeute pendant deux ans - de mes vingt-quatre à mes vingt-six ans, une période où certaines choses se déposaient qui demandaient un espace pour être traitées. Pas une crise, pas un effondrement. Juste la conscience que je vivais quelque chose d'intense et de peu partageable, et que cette intensité demandait un espace professionnel pour être digérée correctement. Ces deux ans ont été utiles d'une façon que je mesure encore aujourd'hui - dans la façon dont je gère les états difficiles, dans la façon dont je pose des limites, dans la capacité que j'ai à me regarder avec une distance que je n'avais pas avant.

Je n'y vais plus régulièrement - quelques séances par an, quand quelque chose se présente qui mérite un regard extérieur. Cette porte reste ouverte et je la franchis sans résistance quand j'en ai besoin. La thérapie n'est pas un aveu de faiblesse. C'est un outil de maintenance que les gens sensés utilisent.

Les amies. J'en ai quelques-unes - peu, mais solides. Deux d'entre elles savent ce que je fais vraiment et ne m'ont jamais fait sentir que ça changeait quelque chose dans la façon dont elles me regardaient. Ces deux personnes-là sont précieuses d'une façon que je ne saurais pas quantifier. Pouvoir parler de ma vie sans traduction, sans omissions, sans gérer le regard de l'autre - c'est quelque chose que j'ai mis du temps à avoir et que je protège.

Les autres amies savent que je travaille "dans la finance" à Genève. Cette version de Sofia-là, je la maintiens avec une facilité qui dit peut-être quelque chose sur ma capacité à habiter plusieurs registres en même temps. Je ne me sens pas divisée par ça. Je me sens pratique.

Les jours de désir intense - ce que je fais seule

Je vais aborder quelque chose que j'avais annoncé dans le plan de cet article et que j'aurais pu esquiver - mais ce blog existe précisément pour ne pas esquiver.

Il y a des jours où le désir est là sans occasion. Pas liés à un rendez-vous, pas programmés, pas en réponse à quelque chose de précis. Des jours où mon corps est dans un état d'appel que rien dans l'agenda ne répond. Ça arrive à tout le monde - mais dans une vie comme la mienne, où la sexualité occupe un espace professionnel important, ce décalage entre le désir et l'occasion prend parfois une forme particulière.

Je ne comble pas automatiquement. Ce serait trop simple et pas tout à fait honnête. Parfois je laisse cet état exister - je le porte dans la journée comme une tension agréable, je le laisse colorer ce que je lis ou ce que j'écoute ou ce à quoi je pense. Cette façon d'habiter le désir sans le résoudre immédiatement a quelque chose d'intéressant en soi - une façon d'être dans son corps sans en être la gestionnaire efficace.

Mais il y a aussi des jours où cette tension demande une réponse. Et dans ces cas-là, je m'en occupe moi-même, sans état d'âme particulier et avec une attention que j'apporte à ma propre géographie depuis longtemps. Ce que je sais de mon corps - ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas, ce qui produit quelque chose d'intéressant - est une connaissance acquise dans le temps et qui m'appartient entièrement. Il y a quelque chose d'important dans cette propriété-là. Dans le fait que le plaisir que je me donne n'appartient à personne d'autre.

Ces moments solitaires ne sont pas des substituts. Ils sont leur propre chose - une qualité de présence à soi-même, sans les dynamiques d'une soirée à deux, sans la nécessité d'être attentive à l'autre. Quelque chose de plus simple et de plus direct, qui répond à quelque chose de simple et de direct.

Ce que j'y pense : variable. Parfois un client précis, une nuit qui m'a marquée, quelque chose que quelqu'un a fait qui s'est imprimé dans le corps et qui ressort dans ces moments-là. Parfois rien de précis - juste des images, des sensations, un territoire intérieur qui n'a pas besoin de récit. Je ne censure pas ce qui vient. Je l'accueille pour ce qu'il est.

Les limites - savoir dire non à soi-même

Prendre soin de moi implique aussi de savoir quand arrêter. Pas arrêter définitivement - arrêter pour le soir, pour la semaine, pour une période.

Il m'arrive de refuser des rendez-vous parce que je ne suis pas dans l'état pour les tenir correctement. Fatigue profonde, période émotionnellement chargée, sentiment diffus que je ne serais pas capable d'être vraiment présente - ces signaux-là, j'ai appris à les écouter. Annuler un rendez-vous parce que je ne me sens pas bien n'est pas du manque de professionnalisme. C'est exactement l'inverse. Un client mérite quelqu'un qui est là. Si je ne suis pas là, je ne devrais pas être là.

J'ai aussi des plages inviolables dans ma semaine - des jours sans rendez-vous, sans contact professionnel, où je suis entièrement dans ma vie ordinaire. Ces jours-là, je ne réponds pas aux messages qui concernent le travail, je ne planifie pas, je n'anticipe pas. Je suis juste Sofia qui fait ses courses, qui lit, qui retrouve une amie pour déjeuner, qui fait du yoga, qui traîne dans l'appartement en pyjama si c'est ce dont elle a envie.

Ces jours-là sont les garants de tout le reste. Sans eux, tout ce qui est intense dans ma vie professionnelle finirait par s'user - pas de façon dramatique, mais progressivement, comme une matière qu'on sollicite sans jamais lui laisser le temps de se reconstituer. Je n'ai pas envie que quelque chose s'use. Je veux durer.

Durer - et rester entière

Le mot "entière" du titre de cet article est celui qui m'importe le plus.

Désirable, je le suis - ou du moins, je fais ce qu'il faut pour l'être, physiquement et autrement. C'est la part la plus visible, la plus facile à décrire. Mais entière - c'est autre chose. C'est la part qui ne se voit pas de l'extérieur et qui est pourtant la condition de tout.

Entière, pour moi, ça veut dire ne pas me perdre dans ce que je fais. Garder une vie intérieure qui m'appartient, des opinions qui ne sont pas calibrées pour plaire, des colères et des enthousiasmes et des mauvaises humeurs qui n'ont pas besoin d'être gérées pour quelqu'un. Avoir des espaces - physiques, temporels, relationnels - où je ne suis pas Sofia l'escorte de luxe mais juste une femme de vingt-sept ans qui vit à Genève et qui a ses propres bizarreries.

Ce métier, mal géré, peut effacer cette frontière-là. J'ai vu des personnes dans ce milieu qui avaient perdu le fil de ce qu'elles étaient en dehors du rôle - qui ne savaient plus très bien comment être avec les gens sans être en représentation, qui avaient colonisé leur vie entière avec leur vie professionnelle. Je comprends comment ça arrive. Et je travaille activement pour que ça ne m'arrive pas.

Jusqu'ici, ça tient. Le miroir des Pâquis chaque matin me montre quelqu'un qui se reconnaît. Quelqu'un de fatigué parfois, de lumineux d'autres fois, d'ordinaire souvent - mais quelqu'un de reconnaissable, de cohérent, de présent à lui-même.

C'est tout ce que je demande. C'est beaucoup.

Sofia

Sofia, 27 ans. Installée à Genève, elle assume pleinement sa vie d’escorte de luxe et en parle sans détour.

À travers ses récits, elle partage ses débuts, ses expériences avec une clientèle internationale, les avantages du métier (luxe, liberté), mais aussi les réalités plus complexes. Elle écrit simplement, avec franchise, et raconte ce qu’elle vit vraiment derrière les portes des hôtels suisses.

Ce texte à été à l'origine écrit en français.

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