Ma première nuit professionnelle - tout raconter
Cette article fait partie d'une série, pour lire la permière partie, cliquez sur le lien suivant: Qui suis-je vraiment ?
Trois semaines après la nuit au Richemond, j'avais posé mon annonce. Courte, sobre, une seule photo - mon visage de trois quarts, les épaules nues, rien de vulgaire. Mon téléphone avait sonné dans les 48 heures. Plusieurs messages. Je les avais tous lus, j'en avais répondu à trois, et j'en avais retenu un.
Il s'appelait Marc dans mon téléphone - prénom que j'avais donné moi-même parce qu'il ne m'avait pas dit le sien tout de suite, ce que j'avais trouvé prudent et donc rassurant. La cinquantaine, cadre dans une multinationale du CICG, francophone. On avait échangé quelques messages propres, directs, sans ambiguïté sur ce que c'était. Il avait proposé un hôtel du centre-ville. J'avais dit oui pour un soir en semaine, un mardi.
Avant - les deux heures qui précèdent
Je me souviens très bien de l'après-midi. Je n'étais pas paniquée - j'étais dans un état bizarre, entre concentration et excitation sourde. J'avais pris un bain long, soigné chaque détail du corps avec une attention que je n'avais pas d'habitude pour moi-même. Epilée, hydratée, parfumée au niveau de la nuque et des poignets. J'avais choisi une lingerie bordeaux - dentelle fine, rien d'agressif - parce que j'avais lu quelque part que le bordeaux sur une brune, c'est une évidence.
La robe était noire, simple, au genou. Des escarpins que je n'avais mis que deux fois. En me regardant dans le miroir avant de partir, j'ai pensé : tu as l'air d'une femme qui sait où elle va. C'était exactement l'effet voulu.
Dans le taxi, j'ai regardé Genève défiler par la vitre - le lac à ma gauche, les lumières du quai. J'ai pensé à ma mère à Turin qui croyait que je rentrais tard d'un dîner de travail. Puis j'ai arrêté de penser à ma mère.
La chambre
L'hôtel était correct sans être exceptionnel - trois étoiles bien tenus, rue de Lausanne, chambre au quatrième étage. Marc m'attendait déjà, assis dans le fauteuil près de la fenêtre. Il s'est levé quand je suis entrée. La cinquantaine, effectivement. Cheveux poivre et sel, costume sans cravate, des lunettes qu'il a enlevées en me voyant comme si c'était un réflexe. Il m'a dit que j'étais plus jolie que sur la photo. C'était maladroit et sincère à la fois, et ça m'a mise à l'aise plus que n'importe quelle autre entrée en matière aurait pu le faire.
Il avait commandé une bouteille de blanc. On a parlé vingt minutes - de la ville, de son travail, de rien d'important. J'observais ses mains, sa façon de me regarder. Pas de pression. Pas de hâte. Ça aussi, c'était rassurant.
C'est moi qui me suis levée en premier.
Ce que j'ai fait - et ce que j'ai ressenti
Je me suis approchée de lui lentement, et j'ai posé mon verre sur la table de nuit. Il a compris. Il s'est levé à son tour et m'a regardée d'une façon qui n'était plus du tout polie. Ce regard-là - le moment où la politesse disparaît et où il ne reste que le désir - c'est quelque chose que j'aime profondément. Avant même qu'il me touche, j'étais déjà dans un autre état.
Il a posé ses mains sur mes hanches. Doucement d'abord, puis avec plus d'assurance quand il a senti que je ne reculais pas. J'ai défait moi-même les boutons dans mon dos - lentement, sans me retourner, en le regardant. Sa respiration a changé. Ce moment-là, le déshabillé lent sous un regard qui ne se détache plus de vous - j'ai compris ce soir-là que c'était quelque chose que j'étais capable de faire durer aussi longtemps que je voulais. Que j'avais ce contrôle-là.
La robe est tombée. Il a regardé la lingerie bordeaux avec une expression que je n'oublierai pas. Pas de commentaire - juste un silence qui valait tous les compliments.
Ce qui a suivi, je ne vais pas le décrire minute par minute. Mais je vais dire ceci : Marc n'était pas un amant extraordinaire. Il était attentif, propre, respectueux, et assez expérimenté pour ne pas se précipiter. Ce qui était extraordinaire, c'était ce que je ressentais moi - cette conscience aiguë d'être exactement à la bonne place, de faire exactement ce que j'avais choisi de faire, et d'y prendre un plaisir qui n'était pas joué.
À un moment, il a dit mon prénom - Sofia - d'une voix que je ne lui connaissais pas encore. Et j'ai réalisé que ce prénom, ce soir-là, était complètement le mien.
L'après
On est restés allongés un moment sans parler. Pas de gêne. Une sorte de calme satisfait de part et d'autre. Il m'a demandé si je voulais qu'il commande quelque chose. J'ai dit non, que je devais rentrer. C'était vrai - et de toute façon, je n'avais pas envie de m'attarder. Pas par froideur. Juste parce que j'avais besoin de rentrer chez moi et de laisser cette soirée exister seule, sans la diluer dans du bavardage post-coïtal.
L'enveloppe était sur la commode. Il ne m'a rien dit - moi non plus. Je l'ai prise en mettant mon manteau, naturellement, comme si j'avais fait ça cent fois. Dans l'ascenseur, seule, j'ai regardé le reflet dans la glace. Même femme qu'avant. Mais quelque chose avait changé dans ses yeux. Quelque chose de plus posé. De plus sûr.
Dehors il faisait froid, le lac était noir, et Genève sentait l'hiver et le propre. J'ai marché jusqu'à l'arrêt de tram en souriant légèrement, sans raison précise. Ou plutôt si - pour une raison très précise. Je venais de comprendre que j'étais douée pour ça. Vraiment douée. Et que cette vie que j'avais entrevue trois semaines plus tôt était à portée de main.
Marc m'a réécrit deux jours après. Je l'ai revu quatre fois en tout. Il était régulier, discret, généreux. Le client idéal pour commencer - j'y reviendrai dans un prochain article.
Cette première nuit professionnelle n'a pas été la plus intense, ni la plus mémorable de ma carrière. Mais elle a été la plus importante. Parce que c'est elle qui a confirmé ce que je savais déjà : ce choix était le bon.
Les parties de mon histoire
- Qui suis-je vraiment ?
- Comment j'ai choisi ce métier ou comment il m'a choisie!
- Ma première nuit d'escort
- L'art de se préparer!
- Genève by night
- Mon premier homme du Golfe
- Le client idéal
- La conversation comme prélude
- Mon premier plan à trois
- Ce que les hommes veulent
- Mon pouvoir sur les hommes
- Un politicien suisse
- La discrétion
- Leurs fantasmes
- Derrière la porte
- Oui, je jouis vraiment
- La nuit la plus intense
- Week-end à Zurich
- Ce que mon corps ressent après [ A venir... ]
- Prendre soin de moi [ A venir... ]
- Lettre ouverte à mes clients [ A venir... ]
Sofia
Sofia, 27 ans — Installée à Genève, elle assume pleinement sa vie d’escorte de luxe et en parle sans détour.
À travers ses récits, elle partage ses débuts, ses expériences avec une clientèle internationale, les avantages du métier (luxe, liberté), mais aussi les réalités plus complexes. Elle écrit simplement, avec franchise, et raconte ce qu’elle vit vraiment derrière les portes des hôtels suisses.
Ce texte à été à l'origine écrit en français.
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