Ce que les hommes veulent vraiment — mes observations intimes

Ce que les hommes veulent vraiment - mes observations intimes

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J'ai une position d'observation que peu de gens ont. Des centaines d'heures passées avec des hommes dans des contextes où les masques tombent - pas tous, pas entièrement, mais suffisamment pour voir des choses que leurs collègues, leurs femmes, leurs amis ne voient jamais. Ce que j'ai appris sur les hommes dans ce métier dépasse largement ce que j'aurais pu apprendre dans n'importe quel autre contexte. Et la conclusion principale, c'est que ce qu'ils veulent vraiment est presque toujours plus simple - et plus émouvant - que ce qu'ils demandent.

Je vais être directe dès le départ : cet article n'est pas une liste de fantasmes classés par catégorie. Il y en aura un autre pour ça - le chapitre sur les fantasmes, ce qu'ils m'ont demandé concrètement, les scénarios élaborés, tout ça. Ce dont je veux parler ici, c'est d'autre chose. De ce que j'observe sous la surface des demandes. Ce que les hommes cherchent vraiment quand ils appellent quelqu'un comme moi, souvent sans pouvoir se l'expliquer eux-mêmes.

Parce que dans la grande majorité des cas, ce n'est pas ce qu'on croit.

Être vu - vraiment vu

La chose qui revient le plus souvent, sous des formes très différentes, c'est un besoin de visibilité. D'être vu comme un individu complet, pas comme un rôle.

Ces hommes passent leur journée à être le directeur, le mari, le père, le cadre, l'expert. Chacun de ces rôles implique une façon d'être attendue, une performance sociale constante. Avec moi, il n'y a pas d'attente de ce type. Je ne suis pas leur collègue qui les juge sur leur performance. Je ne suis pas leur femme qui les connaît depuis vingt ans et qui a ses propres besoins et reproches. Je suis quelqu'un de neuf, quelqu'un qui les regarde sans le poids de l'histoire commune.

Ça crée une liberté particulière. Et beaucoup d'hommes, dans cet espace-là, se montrent d'une façon qu'ils ne se permettent jamais ailleurs. Pas forcément dans le sens sexuel - parfois simplement dans le sens humain. Ils parlent de doutes qu'ils n'expriment pas chez eux. Ils avouent des fatigue, des peurs, des ambivalences. Un homme qui dirige deux cents personnes peut s'effondrer légèrement dans un fauteuil d'hôtel et dire qu'il ne sait plus très bien pourquoi il fait tout ça. Ce moment de vérité-là n'a rien de sexuel. Mais il est au cœur de pourquoi il est là.

Être désiré - pas juste toléré

Deuxième observation, et celle-là me touche davantage parce qu'elle dit quelque chose de triste sur beaucoup de couples : ces hommes ont souvent perdu, dans leur vie conjugale, le sentiment d'être désirés. Pas aimés - l'amour peut rester longtemps après que le désir soit parti. Mais désirés physiquement, regardés avec envie, voulus pour leur corps et pas seulement pour ce qu'ils représentent ou ce qu'ils apportent.

Quand je reçois un homme et que je lui montre - sincèrement, pas de façon performée - que sa présence m'affecte, que son corps m'intéresse, que je suis contente d'être là avec lui précisément, l'effet que ça a est parfois disproportionné par rapport au geste. Des hommes de cinquante ans qui ont l'habitude de tout contrôler deviennent presque vulnérables face à ça. Comme si on leur offrait quelque chose qu'ils avaient arrêté d'espérer.

Je ne joue pas ce désir. C'est important à préciser. Je ne reçois pas quelqu'un si je ne pense pas être capable d'être présente vraiment. Mais je suis aussi honnête sur le fait que ce désir, même quand il est réel, est facilité par le cadre - par l'absence de quotidien partagé, par la nouveauté, par tous ces facteurs qui rendent le désir plus facile à ressentir. Ce n'est pas un défaut du système. C'est juste sa nature.

L'abandon du contrôle

Celui-là, je l'ai mis du temps à comprendre vraiment. Parce qu'en surface, beaucoup de mes clients donnent l'impression de vouloir avoir le contrôle - ils choisissent l'hôtel, ils fixent l'heure, ils arrivent avec une idée de comment la soirée va se passer. Et c'est vrai qu'ils aiment avoir ce contrôle-là, sur la logistique, sur le cadre.

Mais dans la chambre, une fois que la soirée est lancée, ce que beaucoup d'entre eux cherchent en réalité c'est exactement l'inverse. Ils veulent qu'on prenne les rênes. Qu'on décide. Qu'on les guide sans qu'ils aient à demander. Ce n'est pas une question de domination au sens fantasmatique - même si ça peut l'être aussi. C'est plus fondamental que ça. C'est la fatigue de décider. Ces hommes décident toute la journée, souvent toute leur vie. Pendant quelques heures, ne plus avoir à décider - même sur des choses intimes, même sur leur propre plaisir - c'est un soulagement profond.

J'ai appris à sentir ça très tôt dans une soirée et à adapter ce que je fais en conséquence. Les hommes qui ont besoin qu'on prenne l'initiative, je prends l'initiative. Ceux qui ont besoin de garder la main, je les laisse croire qu'ils l'ont tout en orientant les choses subtilement. Dans les deux cas, c'est moi qui conduis. La différence c'est juste qu'ils ne le voient pas toujours.

La tendresse - le besoin le plus inavoué

Celui-là, les hommes ne le demandent jamais directement. Jamais. Ce serait admettre quelque chose qu'ils ne sont pas prêts à admettre. Mais c'est peut-être ce qui revient le plus souvent, sous des formes déguisées.

Un homme qui, après l'amour, reste allongé sans parler et qui pose sa main sur mon bras sans raison apparente. Un homme qui me demande si je veux rester encore un peu, pas pour ça, juste pour rester. Un homme qui me dit que j'ai l'air d'aller bien et qui attend vraiment la réponse. Ce sont des demandes de tendresse. De contact humain simple, sans agenda, sans performance.

J'ai un client que je vois depuis deux ans - appelons-le René, soixante et un ans, veuf depuis quatre ans, quelqu'un qui ne manque pas d'argent et qui s'en sortirait très bien socialement s'il le voulait. Il vient me voir une fois par mois. La soirée se passe bien, toujours. Mais ce que je pense qu'il cherche vraiment, c'est les vingt minutes après, quand on parle de rien dans le noir et qu'il n'est plus seul dans son appartement du bout du monde.

Ce n'est pas triste. Je refuse de voir ça comme triste. C'est humain, c'est réel, et si je peux offrir ça à quelqu'un qui en a besoin, alors ces vingt minutes-là ont autant de valeur que le reste.

Les hommes qui pleurent

Ça arrive. Pas souvent - peut-être une dizaine de fois en quatre ans. Et à chaque fois, c'est inattendu, jamais prévisible à l'avance.

Ce n'est jamais pendant. C'est toujours après - dans ce moment de relâchement post-intimité où les défenses sont encore basses et où quelque chose remonte qui n'avait pas de place ailleurs. Un deuil pas fait. Une relation qui se termine. Une solitude qui déborde au mauvais moment.

La première fois que c'est arrivé, j'avais vingt-quatre ans et un an de métier. Un homme d'une cinquantaine d'années, quelqu'un que je ne connaissais pas bien, qui s'était mis à pleurer silencieusement et qui avait mis plusieurs secondes à s'en rendre compte lui-même. J'avais eu un instant de panique intérieure - qu'est-ce que je fais, qu'est-ce que je dis - et puis quelque chose de plus instinctif avait pris le dessus. Je lui avais posé la main sur l'épaule et j'avais attendu sans rien dire.

Il s'était excusé, évidemment. Deux fois. J'avais dit qu'il n'y avait rien à excuser. Et je le pensais vraiment.

Ces moments-là m'ont appris quelque chose d'important : dans ce métier, on est parfois le seul espace safe qu'un homme a pour laisser tomber quelque chose qu'il porte depuis trop longtemps. Pas parce qu'on est thérapeute - je ne suis pas thérapeute et je ne joue pas à l'être. Mais parce qu'on est quelqu'un d'extérieur, quelqu'un qui ne va pas en parler, quelqu'un qui n'a pas d'attentes sur ce qu'il devrait être.

C'est une responsabilité que je prends au sérieux.

Ce qu'ils veulent que je ne sois pas

Aussi instructif que ce qu'ils cherchent : ce qu'ils ne veulent pas trouver.

Ils ne veulent pas de quelqu'un qui fait semblant de tout. Le faux enthousiasme, ça se voit immédiatement et ça crée une distance irrémédiable. Ils ne veulent pas non plus d'une présence trop effacée - quelqu'un qui dit oui à tout, qui n'a pas d'opinion, qui n'existe pas vraiment. Paradoxalement, les hommes qui viennent me voir veulent quelqu'un avec du caractère. Quelqu'un qui peut les contredire sur un sujet, qui a ses propres goûts, ses propres limites, ses propres façons de voir les choses.

Ils ne veulent pas une surface. Ils veulent une personne. C'est souvent ça qui les surprend le plus - qu'une escorte puisse être une personne complète avec une vie intérieure réelle. Et c'est sur ce malentendu-là que beaucoup d'idées reçues sur ce métier se construisent.

Ce que ça m'a appris sur moi

Observer les hommes de cette façon, pendant quatre ans, m'a changée. Pas dans un sens cynique - je ne suis pas devenue quelqu'un qui ne croit plus à rien. Plutôt dans un sens qui m'a rendue plus patiente, plus capable de voir derrière les façades, plus consciente que la vulnérabilité humaine prend des formes très variables selon les individus et les cultures.

J'ai plus de compassion qu'avant. Ce n'est pas ce à quoi je m'attendais quand j'ai commencé.

Et j'ai appris quelque chose sur moi en particulier : je suis quelqu'un qui a besoin que les choses soient réelles. Je ne peux pas passer une soirée entière dans quelque chose de faux sans que ça me coûte quelque chose. Ce métier m'a obligée à trouver le réel dans des situations que beaucoup considèrent comme fondamentalement artificielles. Et ce réel - je le trouve presque à chaque fois. Dans un moment d'humour inattendu, dans une confidence qui échappe, dans un regard qui dit quelque chose que la bouche ne dirait jamais.

C'est pour ça que je suis encore là, quatre ans après. Pas seulement pour les raisons financières, même si elles comptent. Mais parce que ce travail, quand il se passe bien, est une des expériences humaines les plus denses que je connaisse.

Et les hommes - dans leur complexité, leurs contradictions, leurs besoins inavoués - continuent de m'intéresser profondément.

Sofia

Sofia, 27 ans — Installée à Genève, elle assume pleinement sa vie d’escorte de luxe et en parle sans détour.

À travers ses récits, elle partage ses débuts, ses expériences avec une clientèle internationale, les avantages du métier (luxe, liberté), mais aussi les réalités plus complexes. Elle écrit simplement, avec franchise, et raconte ce qu’elle vit vraiment derrière les portes des hôtels suisses.

Ce texte à été à l'origine écrit en français.

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