Le client idéal — et ce qu'il me fait vraiment

Le client idéal - et ce qu'il me fait vraiment

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On me demande parfois à quoi ressemble mon client idéal. La question m'amuse parce qu'elle suppose qu'il n'en existe qu'un type - alors qu'en réalité j'en ai croisé plusieurs, sous des visages et des nationalités très différents, qui avaient tous en commun quelque chose d'impossible à mettre sur une annonce. Ce n'est pas l'argent. Ce n'est pas l'âge. C'est une façon d'être dans une pièce, d'écouter, de regarder - et parfois, de me faire oublier pendant quelques heures que c'est un rendez-vous professionnel.

Je vais commencer par ce que ce n'est pas, parce que ça ira plus vite.

Ce n'est pas forcément le plus généreux financièrement. Ce n'est pas le plus beau. Ce n'est pas celui qui a la suite la plus impressionnante ou qui arrive avec une bouteille hors de prix pour montrer qu'il peut. Ces choses-là sont agréables - je serais malhonnête de dire le contraire - mais elles ne créent pas ce que je cherche vraiment dans un rendez-vous. Elles créent du confort. Le confort, c'est bien. Ce n'est pas suffisant.

Ce qui crée quelque chose d'autre, c'est beaucoup plus difficile à acheter.

L'homme qui écoute avant de parler

J'ai un indicateur assez fiable pour savoir, dans les vingt premières minutes d'un rendez-vous, si la soirée va être bonne ou juste correcte. C'est simple : est-ce que cet homme m'écoute vraiment, ou est-ce qu'il attend son tour pour parler ?

La majorité des hommes que je reçois sont intelligents, cultivés, habitués à avoir de l'autorité dans leur domaine. Ce qui signifie aussi qu'ils sont habitués à être écoutés, et que l'écoute - la vraie, celle qui implique de laisser l'autre exister complètement - n'est pas toujours leur point fort. Ce n'est pas un défaut de caractère. C'est juste une habitude qui s'installe quand on passe ses journées à diriger des équipes ou à prendre des décisions.

Mon client idéal, lui, a désappris ça. Ou ne l'a jamais appris de la mauvaise façon. Quand je parle, il ne consulte pas son téléphone du coin de l'œil. Il ne prépare pas sa réponse pendant que je finis ma phrase. Il est là, présent, et ça se voit - dans son regard, dans le rythme de la conversation, dans les questions qu'il pose ensuite qui prouvent qu'il a vraiment entendu ce que j'ai dit.

Cet homme-là, au bout d'une heure de dîner, m'a déjà à moitié conquise. Avant même qu'on quitte la table.

Ce qu'il dégage - et pourquoi ça change tout

Il y a une qualité que je ne sais pas très bien nommer et que je cherche dans tous les rendez-vous sans toujours la trouver. Ce n'est pas exactement de la confiance en soi - les hommes confiants en eux, j'en vois beaucoup, et ça peut aussi bien être fascinant qu'épuisant. C'est plutôt quelque chose comme une absence de besoin de prouver quoi que ce soit.

L'homme qui n'a rien à prouver ne se vante pas. Il ne cherche pas à m'impressionner avec ses voyages, ses relations, son compte en banque. Il ne teste pas non plus - ces hommes qui posent des petites questions pièges pour voir si on est "vraiment" cultivée, "vraiment" intéressante. Tout ça, ce sont des signes d'insécurité habillée en assurance, et je les repère en quelques minutes.

Mon client idéal est simplement là. Curieux de moi, pas pour valider quelque chose à son sujet, mais parce que les gens l'intéressent genuinement. Cette curiosité-là - non performative, non stratégique - est peut-être la chose la plus séduisante qu'un homme puisse avoir.

Les mains - toujours les mains

Je regarde les mains très tôt dans une soirée. Pas pour une raison mystique - juste parce que les mains sont révélatrices d'une façon que le visage ne l'est pas toujours. Un homme qui gère bien ses mains - qui sait les poser, les retirer, les laisser exister sans agitation inutile - a généralement le même rapport au reste. Au rythme. À l'espace. Au corps de l'autre.

J'ai eu un client, un avocat genevois de cinquante-deux ans, qui avait des mains que j'ai remarquées avant même qu'il ouvre la bouche. Grandes, tranquilles, posées à plat sur la table comme s'il n'avait nulle part où être pressé. Ce soir-là, ces mains ont tenu leurs promesses pendant plusieurs heures. Je n'ai pas été déçue.

À l'inverse, j'ai appris à me méfier des mains qui tripotent les objets, qui se frottent, qui n'arrivent pas à se fixer quelque part. Ce n'est pas une règle absolue - certains hommes nerveux sont de très bons amants une fois que la nervosité s'est dissipée. Mais c'est un signal que je lis systématiquement.

Quand la frontière commence à trembler

Je vais dire quelque chose que certaines personnes dans mon métier ne diraient pas, ou ne diraient pas comme ça. Il m'arrive, avec certains clients, de ne plus savoir exactement où je suis dans le spectre entre le professionnel et autre chose.

Ce n'est pas de l'amour. Je sais reconnaître l'amour - ou du moins, je sais reconnaître son absence - et ce dont je parle est différent. C'est plus précis que ça. C'est le moment où je réalise que je suis en train de rire d'une vraie façon, pas d'une façon agréable-pour-lui. Que je pose une question parce que la réponse m'intéresse vraiment, pas parce que ça fait avancer la soirée. Que quand il me touche, mon corps répond d'une façon qui n'a rien à voir avec le travail bien fait.

Ces moments-là, je les reconnais maintenant. Au début, ils me déstabilisaient un peu. Aujourd'hui, je les accueille. Ils font partie de ce que ce métier m'offre et que peu d'autres situations offrent - des intimités intenses, brèves, qui n'ont pas à porter le poids de ce qui vient avant ou après.

Thomas - le portrait le plus proche

Si je devais mettre un visage sur ce que je décris, ce serait probablement Thomas. Je lui ai donné ce prénom ici - l'original commence par autre chose. Quarante-huit ans, directeur d'une fondation internationale basée à Genève, divorcé depuis quelques années avec une sérénité sur ce sujet qui m'avait frappée dès le premier soir. Pas d'amertume, pas de grands discours sur "les femmes" ou "le mariage". Juste quelqu'un qui avait traversé quelque chose de difficile et en était sorti avec plus de clarté sur ce qu'il voulait.

On s'est vus une douzaine de fois sur dix-huit mois. Chaque fois, un dîner d'abord - pas par obligation protocolaire, mais parce qu'on aimait tous les deux ça, parler autour d'une table, prendre le temps. Il me lisait des choses parfois - des passages d'essais qu'il trouvait importants, ou une phrase qu'il avait notée quelque part. Je lui apportais des livres italiens que je lui recommandais. C'est lui qui m'a fait découvrir Tabucchi.

En dehors de la table et de la chambre, on ne se voyait pas. On ne se téléphonait pas. Cette limite était claire et confortable pour nous deux. Mais à l'intérieur de ce cadre-là, il y avait quelque chose de réel - une complicité, une attention mutuelle, un plaisir partagé qui n'était pas joué d'un seul côté.

Le jour où il m'a annoncé qu'il repartait s'installer à Montréal pour des raisons familiales, j'ai ressenti quelque chose que je qualifierais de regret tranquille. Pas de la peine - je ne me suis pas effondrée en rentrant chez moi. Mais une forme de légère tristesse propre, celle qu'on ressent quand quelque chose de bon se termine naturellement, sans raison dramatique.

Il m'a envoyé un message depuis Montréal deux mois après son départ. Juste pour dire qu'il avait lu le Tabucchi que je lui avais donné en dernière fois et que c'était exactement ce qu'il lui fallait pour traverser l'hiver canadien. J'ai souri en lisant ça. Longtemps.

Ce qu'il me fait - vraiment

La question du titre mérite une réponse directe.

Ce que mon client idéal me fait, c'est me donner envie d'être là. Pas juste d'être présente - ça, je peux l'être avec n'importe qui si je suis professionnelle. Mais d'être vraiment là, dans mon corps, dans la conversation, dans ce qui se passe entre nous. Cette qualité de présence, quand elle existe des deux côtés, crée quelque chose que je ne sais pas nommer autrement qu'une électricité particulière - une tension vivante qui rend tout plus intense, du premier verre jusqu'au dernier moment dans la chambre.

Il me fait aussi, parfois, perdre le fil de ce que je suis censée contrôler. Et ça - cette perte de contrôle légère, choisie, avec quelqu'un qui en est digne - c'est peut-être ce que je cherche le plus. Dans ce métier comme dans le reste.

Ces hommes-là ne sont pas les plus fréquents. Mais ils existent. Je continue de les trouver, de temps en temps, dans des dîners genevois ou des salons d'hôtels à Milan ou à Zurich. Et quand ça arrive, je le sais en général dans la première heure.

Le corps reconnaît ce genre de chose avant que la tête ait fini de calculer.

Sofia

Sofia, 27 ans — Installée à Genève, elle assume pleinement sa vie d’escorte de luxe et en parle sans détour.

À travers ses récits, elle partage ses débuts, ses expériences avec une clientèle internationale, les avantages du métier (luxe, liberté), mais aussi les réalités plus complexes. Elle écrit simplement, avec franchise, et raconte ce qu’elle vit vraiment derrière les portes des hôtels suisses.

Ce texte à été à l'origine écrit en français.

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