Mon propre plaisir — oui, je jouis vraiment

Mon propre plaisir - oui, je jouis vraiment

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C'est la question que les gens se posent sans oser la poser. Parfois un client la pose directement, en début de soirée, avec ce mélange de curiosité sincère et de besoin d'être rassuré qui dit quelque chose sur lui. Est-ce que je prends vraiment du plaisir ? Est-ce que c'est joué ? Est-ce que ça compte vraiment de mon côté ? La réponse courte : oui, non, et oui. La réponse longue, c'est cet article.

Je vais commencer par démonter quelque chose.

Il y a une image persistante de la travailleuse du sexe comme quelqu'un qui performe le plaisir sans le ressentir - une actrice professionnelle qui produit les sons et les expressions attendus pendant que son esprit est ailleurs, qui attend que ça se termine en pensant à ses courses ou à ce qu'elle va regarder en rentrant. Cette image existe parce qu'elle est vraie pour certaines personnes dans certaines situations. Je ne vais pas prétendre qu'elle ne correspond à aucune réalité.

Mais elle ne correspond pas à la mienne. Et je vais expliquer pourquoi avec la même franchise que j'applique à tout le reste.

Ce que j'ai compris très tôt

Dès les premières semaines de cette vie, j'ai fait une observation qui m'a surprise dans sa clarté : mon corps ne ment pas bien. Pas dans ce contexte-là. Je suis capable de beaucoup de choses - tenir une conversation sur n'importe quel sujet, naviguer des situations complexes, maintenir une présence impeccable dans des conditions variées. Mais simuler un désir physique que je ne ressens pas, de façon convaincante, pendant plusieurs heures - non. Ce n'est pas quelque chose que je sais faire.

Ce qui voulait dire que si je voulais exercer ce métier correctement, je devais trouver quelque chose de réel à quoi m'accrocher dans chaque soirée. Un désir vrai, même minimal - un détail physique qui m'attire chez l'homme, une qualité de sa présence qui me touche, une façon qu'il a de me regarder qui active quelque chose de concret en moi.

Et j'ai découvert, avec une forme de soulagement, que je trouvais presque toujours ce quelque chose. Pas de la même façon, pas avec la même intensité, pas dans les mêmes zones selon les hommes. Mais quelque chose. Un réel point d'appui à partir duquel tout le reste peut être sincère.

Ce qui m'excite - vraiment

Les mains, j'en ai déjà parlé ailleurs. Mais je vais être plus précise ici parce que le contexte le permet.

Ce ne sont pas les mains en soi - c'est ce qu'elles disent sur la façon dont quelqu'un habite son corps. Des mains qui savent où se poser, qui ne s'agitent pas, qui touchent avec une intention claire - ces mains-là me parlent directement, avant même qu'elles aient fait quoi que ce soit. Il y a une anticipation physique qui se met en route dans les premières minutes d'une soirée quand je remarque ce genre de mains. Ce n'est pas intellectuel. C'est quelque chose de beaucoup plus bas dans le corps.

La voix aussi. Une voix grave, basse, qui ne cherche pas à projeter - qui parle pour moi seule dans une pièce et pas pour une salle. Il y a des hommes dont la voix, à elle seule, crée quelque chose dans ma gorge et dans ma nuque que je reconnais immédiatement pour ce que c'est.

L'attention. J'en reviens toujours là, mais sous l'angle du désir c'est encore plus précis. Un homme qui m'écoute vraiment, qui répond à ce que j'ai dit et pas à ce qu'il avait prévu de répondre, qui ajuste ce qu'il fait en fonction de ce qu'il sent chez moi - cet homme-là m'excite d'une façon que la beauté physique seule n'arrive pas à produire. L'attention bien exercée est probablement la chose la plus érotique que je connaisse.

Et puis il y a des choses plus difficiles à nommer. Une façon d'être regardée - pas dévorée des yeux, pas évaluée, mais regardée avec une présence totale qui dit que je suis la seule chose qui existe dans ce champ de vision. Ce regard-là, quand il est là, produit en moi quelque chose que je n'ai jamais trouvé de meilleure façon de décrire que : l'envie d'être exactement là où je suis.

Les hommes qui me font perdre le contrôle

Il y en a eu plusieurs. Pas des dizaines - plusieurs. Des hommes avec qui quelque chose s'est passé qui sortait du cadre ordinaire de ce que je vis, qui m'a prise par surprise, qui a produit en moi une réponse physique que je n'avais pas anticipée et sur laquelle je n'avais pas entièrement le contrôle.

Je vais en décrire un sans le nommer - parce que lui nommer ne changerait rien et parce que ce qui compte c'est ce qui s'est passé, pas qui il était.

C'était un soir à Genève, il y a un peu plus d'un an. Un homme que je voyais pour la première fois - la quarantaine, assez peu loquace en dehors du strict nécessaire, ce qui m'avait légèrement mise sur mes gardes au départ. Les hommes trop silencieux peuvent aller dans deux directions très différentes et on ne sait pas laquelle avant d'être dans la chambre.

Celle-là, c'était la bonne direction.

Ce qui s'est passé, je ne vais pas le décrire dans le détail parce que certaines choses perdent quelque chose à être trop explicitées. Mais je vais dire ceci : à un moment de cette soirée, j'ai réalisé que je n'étais plus du tout en train de conduire quoi que ce soit. Que mon corps avait pris une décision indépendante de ma volonté consciente et était allé quelque part que je n'avais pas planifié d'aller. Cette perte de contrôle - brève, intense, parfaitement inattendue - m'a laissée dans un état que j'ai mis plusieurs minutes à identifier correctement.

En rentrant cette nuit-là, j'ai eu du mal à dormir. Pas de façon anxieuse - de façon électrisée. Le corps qui continue de résonner de quelque chose après que c'est terminé.

L'orgasme inattendu - et ce qu'il m'a appris

Il y a une chose que je n'avais pas anticipée quand j'ai commencé ce métier : que certains de mes orgasmes les plus intenses seraient avec des clients.

Pas les plus fréquents - je ne vais pas prétendre que ça arrive à chaque rendez-vous, ce serait faux et ça n'aurait d'ailleurs aucun sens. Mais les plus inattendus, parfois les plus forts. Et cette surprise-là m'a appris quelque chose d'important sur la façon dont le désir fonctionne - ou du moins sur la façon dont il fonctionne chez moi.

Le désir, pour moi, n'est pas principalement lié à la familiarité ou à l'attachement. Il est lié à la présence - à la qualité de l'attention, à ce que j'ai décrit plus haut, à cette façon d'être regardée et touchée par quelqu'un qui est entièrement là. Et cette présence, paradoxalement, est parfois plus facile à trouver avec un inconnu qu'avec quelqu'un qu'on connaît depuis longtemps - parce qu'il n'y a pas d'histoire commune qui pèse sur le moment, pas de déceptions accumulées, pas d'habitudes qui émoussent la perception.

La nouveauté facilite le désir. Ce n'est pas une découverte révolutionnaire - c'est une réalité neurologique documentée. Mais la vivre de façon aussi concrète, aussi répétée, m'a donné une compréhension du désir que je n'aurais pas pu acquérir autrement.

L'orgasme inattendu dont je parle dans le titre - il est arrivé avec un homme que je ne trouvais pas particulièrement attrayant au premier regard. Ce n'est pas une histoire romantique sur la beauté intérieure. C'est une histoire sur la façon dont quelqu'un peut vous surprendre par sa façon d'être attentif, par une chose qu'il fait exactement de la bonne façon au bon moment, et comment cette surprise peut produire quelque chose de physiquement intense qui n'avait rien à voir avec ce que j'avais prévu de ressentir ce soir-là.

J'ai gardé ça pour moi sur le moment. Puis je me suis demandé pourquoi - par pudeur ? Par professionnalisme ? Par refus de lui donner quelque chose que je n'avais pas décidé de donner ? La réponse honnête, c'est probablement les trois à la fois. Ce que mon corps fait sans que je l'aie décidé reste, d'une certaine façon, plus privé que tout ce que je fais volontairement.

Ce que je joue - et ce que je ne joue pas

Je vais être directe sur quelque chose que j'évite généralement de trop détailler : oui, il m'arrive d'amplifier. De laisser paraître plus que ce que je ressens au sens strict, de modeler ce que j'exprime en fonction de ce que la soirée demande.

Ce n'est pas la même chose que simuler. Amplifier quelque chose de réel, c'est mettre en avant une partie de ce qu'on ressent. Simuler, c'est produire quelque chose de entièrement faux. La différence n'est pas seulement morale - elle est perceptible. Les hommes qui ont une certaine expérience sentent la différence entre les deux, même s'ils ne pourraient pas toujours l'articuler.

Ce que je ne joue jamais : l'orgasme. C'est une ligne que j'ai décidé de ne pas franchir dès le début, pour des raisons qui me semblaient évidentes alors et qui me semblent toujours évidentes. Ce que mon corps fait ou ne fait pas dans ce registre-là est réel ou n'existe pas. Point.

Ce que ça implique concrètement : certains soirs, il n'y a pas d'orgasme de mon côté. Et ce soir-là, il n'y en a pas, et ce n'est pas grave, et l'homme en face a eu ce qu'il était venu chercher et moi j'ai fait mon travail correctement et tout le monde rentre chez soi satisfait. Le plaisir prend des formes diverses - la connexion, l'intensité d'un moment, la conscience d'avoir bien fait quelque chose - et l'orgasme n'est qu'une de ces formes.

Mon corps - ce qu'il aime que je n'ai pas toujours su nommer

Ce métier m'a appris des choses sur mon propre corps que des années de vie ordinaire n'auraient probablement pas produites.

J'ai appris que j'aime être regardée plus que je ne l'avais compris. Pas de façon exhibitionniste au sens clinique - mais cette conscience d'être dans le champ de vision de quelqu'un qui ne pense à rien d'autre qu'à moi produit quelque chose de physique que je ne savais pas nommer à vingt-trois ans et que je sais très bien nommer maintenant.

J'ai appris que le ralentissement - ce fantasme masculin dont j'ai parlé dans d'autres articles - est aussi le mien. Que les soirées où tout va vite me laissent moins de chose que les soirées où quelqu'un prend le temps. Pas par sentimentalité - par biologie simple. Mon corps a besoin de temps pour arriver quelque part d'intéressant, et les hommes qui le comprennent sans qu'on ait à le leur dire sont ceux avec qui les soirées sont les meilleures.

J'ai appris que certaines zones de mon corps répondent à une attention que je n'aurais pas spontanément demandée - et que cette découverte-là, faite avec des hommes différents dans des contextes différents, a enrichi ma connaissance de moi-même d'une façon que je ne minimise pas.

Et j'ai appris que le plaisir n'est pas toujours là où on le cherche. Que certaines soirées où je n'anticipais rien de particulier ont produit quelque chose d'inattendu, et que cette imprévisibilité - cette incapacité à totalement contrôler ce que mon corps va ressentir - est une des seules choses dans ma vie professionnelle sur lesquelles je n'ai pas prise complète.

Ce manque de contrôle-là, je l'ai appris à aimer. Parce qu'il dit que quelque chose reste vivant, que rien n'est entièrement mécanisé, que je ne suis pas encore arrivée à un endroit où je saurais d'avance exactement ce qui va se passer.

Le jour où j'y arriverai, je pense que ce sera le moment de faire autre chose.

Pour l'instant, ce n'est pas le cas.

Sofia

Sofia, 27 ans — Installée à Genève, elle assume pleinement sa vie d’escorte de luxe et en parle sans détour.

À travers ses récits, elle partage ses débuts, ses expériences avec une clientèle internationale, les avantages du métier (luxe, liberté), mais aussi les réalités plus complexes. Elle écrit simplement, avec franchise, et raconte ce qu’elle vit vraiment derrière les portes des hôtels suisses.

Ce texte à été à l'origine écrit en français.

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