La conversation comme prélude - et ce qui vient après
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Je ne suis pas quelqu'un qui bâcle les préliminaires. Dans le sens large du terme - pas seulement ce qui se passe dans une chambre, mais tout ce qui précède. Le dîner, les verres, la conversation. Pour moi, tout ça fait partie de la même chose. Une soirée qui commence bien à table a toutes les chances de continuer bien ailleurs. Une soirée qui commence par des silences gênés et des banalités sur la météo genevoise - ça arrive aussi, et ça se récupère, mais c'est plus de travail.
Ce que j'aime, c'est quand la conversation elle-même devient érotique. Pas vulgaire - érotique. La nuance est importante. Un homme qui glisse quelque chose d'ambigu dans une phrase sur la cuisine du restaurant, qui me regarde une demi-seconde de trop après l'avoir dit, et qui reprend ensuite le fil normal de la discussion comme si rien ne s'était passé - ça, c'est du désir bien utilisé. C'est quelqu'un qui sait que l'anticipation est une forme de plaisir à part entière.
Le restaurant privé - une soirée en particulier
Il y a un soir que je reviens souvent dans ma tête quand je pense à ce sujet.
C'était un client que je voyais pour la troisième fois - appelons-le Édouard, la cinquantaine élégante, franco-suisse, dans la gestion de patrimoine. Quelqu'un que j'appréciais vraiment, avec qui la conversation était toujours dense sans jamais être pesante. Il avait réservé dans un endroit que je ne connaissais pas - un restaurant quasi privé dans une rue transversale des Eaux-Vives, le genre d'adresse qui n'a pas d'enseigne visible et dont on n'entend parler que par recommandation. Une dizaine de tables maximum. Lumière de bougie. Un sommelier qui connaissait Édouard par son prénom.
On était arrivés à 20h. On est repartis après minuit. Entre les deux, il s'était passé quelque chose qui n'avait pas grand-chose à voir avec la nourriture - même si la nourriture était excellente.
Comment ça a commencé
Les vingt premières minutes étaient normales. On avait commandé, il m'avait parlé d'un voyage récent à Lisbonne, je lui avais posé des questions. Rien de particulier. Et puis à un moment - je ne saurais pas dire exactement lequel - quelque chose a changé de registre.
C'est lui qui l'a initié, mais tellement subtilement que j'aurais pu l'ignorer si j'avais voulu. On parlait de je ne sais plus quoi - quelque chose sur les langues, sur la façon dont certains mots n'existent que dans une seule langue parce que certaines cultures sont les seules à avoir nommé une expérience précise. Et il a dit, en me regardant avec une légèreté très calculée : "Il y a des choses que le français ne sait pas dire aussi bien que le corps."
Pause d'une seconde. Puis il a repris la conversation sur les langues comme si la phrase précédente n'avait été qu'une parenthèse.
J'ai souri dans mon verre. Le jeu venait de commencer.
La tension sous la table
Ce qui s'est passé ensuite s'est étalé sur deux heures, par touches progressives, sans jamais franchir une ligne qui aurait été déplacée dans ce contexte.
Sa main sur mon avant-bras quand il voulait souligner quelque chose - naturelle en apparence, mais qui durait une seconde de trop. Son pied contre le mien sous la table, pas d'accident, clairement intentionnel, et quand j'ai maintenu le contact plutôt que de retirer ma jambe, il a continué à parler de la même voix sans rien changer à son expression.
À un moment, vers le dessert, il a tendu la main vers moi et retiré très lentement un fil invisible sur mon épaule - geste anodin, prétexte évident - et ses doigts ont effleuré ma nuque en se retirant. Je regardais la bougie sur la table et j'ai senti quelque chose descendre le long de ma colonne vertébrale. Il a repris sa phrase à l'endroit exact où il l'avait laissée.
Ce contrôle-là - continuer à exister socialement pendant que quelque chose de physique et d'intense se construit en parallèle - c'est une compétence rare. La plupart des hommes ne savent pas tenir les deux fils en même temps. Édouard, si. Et moi aussi, je sais jouer à ce jeu. Cette soirée-là, on était à égalité.
Les mots comme mains
Ce qui me fascine dans ce genre de soirée, c'est comment les mots finissent par faire le même travail que le toucher. À un certain stade de la tension, une phrase bien placée produit un effet physique mesurable. Ce n'est pas une métaphore - c'est littéralement ce qui se passe.
Édouard avait cette capacité de parler d'une chose en disant une autre. On a parlé de musique à un moment - de la façon dont certains morceaux construisent une attente presque insupportable avant de la résoudre. Il décrivait ça avec une précision technique et en même temps avec quelque chose dans la voix qui rendait évident qu'il ne parlait pas que de musique. Je l'ai laissé développer. J'ai répondu sur le même registre ambigu. On se comprenait parfaitement et on faisait semblant de parler d'autre chose.
C'est une forme d'intelligence érotique que je trouve profondément séduisante. Elle suppose que l'autre est capable de lire entre les lignes - et donc qu'on lui fait le compliment de le croire capable.
Dans le taxi
On a pris un taxi ensemble vers 23h30. Son hôtel était à dix minutes. Dans le taxi, il a posé sa main sur ma cuisse - pas progressivement, pas avec hésitation, mais avec la certitude tranquille de quelqu'un qui sait que le moment est venu et que les préambules sont terminés. La différence de ton entre ce geste-là et les effleurements du dîner était saisissante. Comme si on avait changé de chapitre.
Il n'a rien dit. Moi non plus. Le chauffeur regardait la route. Les lumières de Genève défilaient derrière la vitre.
Ces dix minutes en taxi m'ont semblé à la fois très courtes et contenir quelque chose d'énorme. Toute la soirée compressée dans un trajet de dix minutes, les mains qui ne font plus semblant, la respiration qui change imperceptiblement.
Quand l'ascenseur de l'hôtel s'est refermé sur nous, il m'a regardée avec quelque chose que je pourrais appeler de la satisfaction - pas de l'arrogance, pas de la victoire, mais la satisfaction tranquille de quelqu'un qui a mené une soirée exactement comme il l'avait imaginée. Et honnêtement ? Je partageais ce sentiment.
Ce qui s'est passé après
La chambre était à la hauteur de la soirée. C'est tout ce que je dirai.
Non, pas tout à fait. Je dirai aussi ceci : il y a des nuits où la tension accumulée pendant des heures finit par se décharger d'une façon qui dépasse ce qu'on avait anticipé. Des nuits où le corps a été tellement préparé, tellement prêt, que ce qui vient ensuite a une intensité disproportionnée par rapport aux circonstances objectives. Cette nuit-là était une de celles-là.
Je suis rentrée aux Pâquis vers 3h du matin. Dans le tram - parce que je prends parfois le tram la nuit, j'aime les villes qui dorment vues depuis un tram - j'ai repensé à la phrase sur le français et le corps. À son pied contre le mien pendant deux heures. Au fil imaginaire sur mon épaule.
Tout ça pour en arriver là. Et pourtant, d'une certaine façon, le dîner était aussi bien que la chambre. Peut-être mieux, certains moments.
C'est ça que j'essaie d'expliquer aux gens qui pensent que ce métier se résume à ce qui se passe derrière une porte fermée. La porte fermée, c'est souvent la conclusion d'une histoire qui a commencé bien avant - dans une phrase à double sens, une main sur un avant-bras, un regard maintenu une seconde de trop.
Le désir, c'est d'abord du langage. Le reste, c'est la traduction.
Les parties de mon histoire
- Qui suis-je vraiment ?
- Comment j'ai choisi ce métier ou comment il m'a choisie!
- Ma première nuit d'escort
- L'art de se préparer!
- Genève by night
- Mon premier homme du Golfe
- Le client idéal
- La conversation comme prélude
- Mon premier plan à trois
- Ce que les hommes veulent
- Mon pouvoir sur les hommes
- Un politicien suisse
- La discrétion
- Leurs fantasmes
- Derrière la porte
- Oui, je jouis vraiment
- La nuit la plus intense
- Week-end à Zurich
- Ce que mon corps ressent après [ A venir... ]
- Prendre soin de moi [ A venir... ]
- Lettre ouverte à mes clients [ A venir... ]
Sofia
Sofia, 27 ans — Installée à Genève, elle assume pleinement sa vie d’escorte de luxe et en parle sans détour.
À travers ses récits, elle partage ses débuts, ses expériences avec une clientèle internationale, les avantages du métier (luxe, liberté), mais aussi les réalités plus complexes. Elle écrit simplement, avec franchise, et raconte ce qu’elle vit vraiment derrière les portes des hôtels suisses.
Ce texte à été à l'origine écrit en français.
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